Présentation : Les Fêtes Saint-Éloi d'été


ORGANISATION ET D
ÉROULEMENT DES FÊTES D'É

our illustrer les coutumes en vigueur aujourd’hui, nous ferons un parallèle avec les observations que faisait le Comte de Villeneuve au tout début du XIX ème siècle. (En italique dans le texte.)

Pour conduire les festivités, sont choisis parmi les volontaires deux Bayles secondés par deux capitaines (garçons de 15 à 17 ans). Le terme de Bayle est propre à Châteaurenard et Eyragues alors que partout ailleurs on lui préfère celui de prieur ; cependant, ce terme apparaît à la création du statut des orfèvres édicté par Éloi lui-même au VII ème siècle et dont Etienne Boileau s’inspira au XIV ème siècle pour rédiger son livre des métiers.

Article 1er des statuts datés du 20 février 1399 :
Premièrement, que chaque année, le lendemain de la fête de Saint Jean Baptiste, soient élus et créés à nouveau deux Bailes, confrères de la confrérie de Saint-Éloi, qui ont la charge de régir et gouverner les affaires et intérêts de la dite confrérie en l’honneur de Dieu et du dit Saint…

Nous pouvons donc supposer, que nous en avons là une possible origine.

Il semblerait que l’ordonnance de ces fêtes est plus ou moins été calquée sur le déroulement des Fêtes Dieu alors en vigueur à Aix et Salon instituées par le Roi René. Villeneuve en parle ainsi (Le Capitaine et l’Enseigne, au sortir de charge, étaient ordinairement nommés premier et second prieurs du saint patron. Cette nomination se faisait aussi par le conseil de ville. Les prieurs s’entendaient avec les officiers du Capitanage pour l’ordre de la fête ; mais ils se renfermaient dans la partie religieuse.) Si aujourd’hui les termes de capitaines et prieurs subsistent, ils n’ont plus la même connotation.

Si les épouses des Bayles n’avaient, il y a guère encore, droit de cité elles sont maintenant tout particulièrement et naturellement mises à l’honneur ; eu égard à leur rôle et à leur action dans la réussite des fêtes et nous noterons : (L’offrande à la messe, la place d’honneur à la procession, l’ouverture du bal, telles sont les prérogatives dont elles jouissent.)

Les festivités débutent par la marche du dimanche soir, quinze jours avant la procession. Si aujourd’hui celle-ci conduit les membres de la société chez les autorités civiles,militaires et religieuses de la ville, pour une simple aubade (terme mal approprié puis qu’il s’agirait plutôt d’une sérénade), et partager le verre de l’amitié; celle ci avait pour but, à l’origine, d’aller demander les autorisations nécessaires pour entreprendre les manifestations rituelles.

Cette marche a conservé une certaine rigueur où seuls, les membres du conseil d’administration et les Bayles, portent la chemise blanche avec l’emblème de Saint-Éloi. Elle se fait dans un ordre bien particulier. En tête défilent les Bayles de l’année accompagnés de leurs épouses, suivis de leurs capitaines puis du président accompagné de son épouse et des membres du bureau, la musique, les membres du conseil d’administration et enfin les sociétaires.

Pour cette aubade la musique interprète une marche dite de Saint-Éloi mais dont le véritable nom serait "La marche des petits pierrots".

Autrefois ces aubades prenaient le nom de "Réveil du Saint" (Huit jours, quinze jours, quelquefois un mois avant la fête, tous les matins et tous les soirs, les tambours et les fifres parcourent le village en battant la diane pour avertir les habitants de l’approche de la solennité… Ils jouent l’aubade et présentent la torque aux habitants… La rétribution qui accompagne les torques est un des principaux produits de la fête).

De nos jours nous retrouvons quasiment le même cérémonial et c’est suivant une chronologie toujours identique que se déroulent ces aubades. Si les tournées (nom données à ces visites aux sociétaires et aux sympathisants) chez les commerçants le vendredi et en zones industrielles le lundi, ne voient qu’un rapide passage des membres de la confrérie, c’est surtout en campagne, du mardi au vendredi, qu’elles prennent leur aspect le plus rustique et le plus profond.

Tournées en campagne

Pendant quatre après midi complètes ce sont de cinq à dix attelages de jardinières qui vont aller de mas en mas ; musique en tête (galoubets et tambours) pour accomplir ces tournées par drailles et par chemins. (Auparavant les instruments étaient le fifre et le bachas.)

 

 

 

 

Les Bayles et leurs capitaines viennent ensuite, suivis des autres membres de la société.

Jardinière des musiciens

Tout au long du parcours les musiciens interprètent "l’air de la charrette" ; rythme incessant, répétitif, sorte de prière perpétuelle et incantatoire rappelant de nombreux rites que l’on retrouve de par le monde.

 

 

 

 

Pour l’aubade proprement dite la musique interprète la Diane et le Rigodon d’honneur. Ces deux airs datant de l’époque Napoléonienne étaient, pour le premier, le réveil des troupes en campagne, et pour le second, un rigodon écrit et interprété pour rendre honneur à Napoléon. Ils demandent de la part des tambours virtuosité et dextérité et donc, seuls les meilleurs, pouvaient les exécuter. Nous pouvons imaginer que par la suite les tambours qui avaient eu "tout loisir" pendant plusieurs années de service militaire de se perfectionner se faisaient un honneur de les jouer pour les aubades.

Ces aubades sont les honneurs rendus aux "masiers" qui reçoivent, et, que les plus imprégnés de nos traditions écoutent avec respect. Bayles et capitaines, leurs remettent le drapeau à l’effigie de Saint-Éloi mentionnant les noms des Bayles et des capitaines de l’année ainsi que la tortillade.
Aubade devant l’oratoire de Saint-Éloi

Ces tournées ne sauraient débuter ou se terminer sans donner l’aubade devant l’oratoire du Saint Patron.

 

 

 

 

 


Le dernier soir, l’équipage retourne au mas des Bayles, où les attendent tous ceux qui ont garni la charrette, pour leur rendre les honneurs, chanter devant la charrette totalement garnie, la "Coupo Santo" et danser tous ensemble la Farandole menée de main de maître par le président de la société.

Chant de la Coupo Santo devant la charrette

Le samedi en soirée est offert un apéritif, ouvert par la marche des membres de la confrérie, qui rassemble tous les sympathisants de la société. Une petite collation réunit enfin les membres actifs de la confrérie et quelques invités des Bayles.

Aubade au Mas des Bayles


PENDANT TOUT CE TEMPS AU MAS DES BAYLES

Charrette nue


’est quelques jours avant le début des fêtes que la charrette est amenée au mas des Bayles. Vision toujours un peu étonnante de cette charrette totalement dénudée mais tout de même tirée par un cheval de trait (tradition oblige). Nous noterons au passage qu’il s’agit là d’une charrette fourragère (radello).

 

 

 

C’est au cours des trois après midi des mercredi, jeudi et vendredi que se fera cette garniture. Quelques jours auparavant quelques hommes seront allés couper le blé et l’avoine et les rameaux de buis dans les Alpilles.

Garnissage de la charrette
Ce sont principalement les dames qui, entourant un petit groupe d’hommes, trieront tresseront et cisèleront pour donner naissance à ce joyau.








La garniture de celle ci est principalement constituée de trois plantes longtemps cultivées dans ce coin de Provence : le blé noir, l’avoine et le chardon cardère et de trois plantes constituant souvent les haies : le buis, le troène et le fusain et quelques rameaux de pin et d’olivier pour décorer les tours qui surmontent le tout.

De part et d’autre de la charrette, six réductions d’outils agraires : l’araire, le râteau, la herse, le chevalet, l’échelle et la faux rappellent l’activité principale de ce pays agricole.

A l’intérieur, à l’avant et à l’arrière, deux cerceaux suspendus par des rubans semblent être un rappel du gaillardet bien connu du coté de Marseille. Les rubans verts et blancs sont aux couleurs de la société et M. Bonnet nous rappelle : "La fête de Saint-Éloi, ici, avait la réputation d’être celle des "Blancs"; ses charretiers arborant jadis volontiers une ceinture (ou une cravate) verte – ce qui était la couleur préférée des royalistes provençaux, - en souvenir de celle de la livrée que portaient les gens du comte d’Artois (futur roi Charles X)".

Charrette garnie

LA PROCESSION

imanche matin la journée débute à sept heures du matin par la messe en plein air au mas des Bayles dite en langue provençale. De nombreuses dames et demoiselles ont revêtu pour la circonstance le costume du Pays d’Arles. Après le mot d’accueil des Bayles celle-ci est ouverte par le cantique à Saint-Éloi de J. Nouguier.
Pour l’offrande les capitaines montent à l’autel une corbeille de tortillades pour la faire bénir. La messe se termine par le chant " Prouvençau e catouli ".


A la messe succède le déjeuner offert, à l’origine, aux charretiers. En effet, jusque dans les années 70 c’est à pied que les hommes amenaient les bêtes jusqu’au mas après les avoir étrillées et toilettées, ce qui demandait un lever matinal, et ce déjeuner était le bienvenu. Aujourd‘hui les vans facilitent le transport, mais la coutume se perpétue.

- Pour la procession, les chevaux de trait sont harnachés de deux façons différentes :

  1- Les premières bêtes portent la garniture dite "sarrasine" anciennement appelée aussi "andalouse ou castillane". Elle se caractérise par une bride particulièrement ouvragée, le grand collier pointu dit à la provençale, lui aussi garni comme la bride, le caparaçon de velours frangé d’émouchettes qui porte généralement une inscription brodée à la gloire du saint patron. Derrière le collier est déployée sur le garrot la housse de mouton avec sa laine, appelée plus généralement ici : Rava ou Rabas, et sur le dos, la couverture brodée qui se prolonge à l’arrière par le filet. Le plus ouvragé et le plus rutilant de ces harnachements est généralement réservé au cheval de tête (Lou davans).

  2-  Les chevaux suivants, portent la garniture cuivrée. Pour celle-ci, la bride et le collier sans les apparats de la sarrasine ne sont décorés que de quelques incrustations de laiton et les chevaux ne portent plus le caparaçon. L’ensemble de ces chevaux portent le nom de cordiers (li courdié). Le dernier cheval dans les brancards : le limonier (lou limounié), sans housse ni couverture porte la grosse selle qui lui permet de supporter la charrette ; il est précédé du cheval de cheville (lou cavihié).

– Tous les chevaux sont attelés en flèche au moyen de traits de corde en chanvre, amarrés aux colliers par des liens de cuir (li massihoun).

- Les charretiers en tenue "maintenant" traditionnelle : chemise de la société, pantalon de chauffe bleu et taillole jaune, prennent place dans un ordre bien établi : en tête le bayle de l’année suivante qui recevra la charrette, suivi de son assesseur (2ème Bayle), les capitaines de l’année puis les capitaines de l’année précédente ; viennent ensuite les charretiers des sociétés voisines et en fin d’attelage les charretiers Châteaurenardais ; la cheville (la caviho) étant de préférence confiée à un charretier confirmé ; car c’est l’articulation de tout l’attelage (d’où son nom). C’est d’elle que dépend le bon déroulement des opérations. Comme partout en Provence (à l’inverse du nord du pays) les charretiers mènent leur cheval de la main droite " A dia e de la man ".

- Dans la charrette s’installent les Bayles de l’année, la musique (galoubets et tambours) et le préposé à la mécanique : le serre frein. Une fois l’attelage constitué, celui ci s’élance en direction de l’église toujours par le chemin le plus court (chemin des défunts !) précédé par la calèche réservée au Baylesses.

- A l’entrée du village l’attelage retrouve les divers groupes de maintenances, harmonies groupes équestres attelés ou montés et remorques d’enfants qui proposent à la foule de petits bouquets de buis et de blé. Dans ces groupes, le costume provençal est largement porté, dénotant ainsi un lien profond entre Saint-Éloi et la culture provençale.

- Les colliers des chevaux sont couronnés d’une tortillade.

- Parvenu devant l’église c’est au pied du grand escalier que tourne la charrette, et que l’attelage reçoit la bénédiction.

- La procession se poursuit ensuite par les artères de la ville, monte à l’oratoire du Saint Patron et effectue ainsi trois fois le tour de ville selon un rite protecteur. Après être dételée la charrette est exposée jusqu’au soir au centre ville.